Atelier cinéma : Dans les entrailles du bis : "Freak" henenlotter, gore master

Florac
Jeudi 22 mars 2018

« I think eccentrically and I’m a strange little person ».

Comme Tim Burton ou plus tard Guillermo del Toro, la passion de Frank Henenlotter pour les monstres et autres anormaux naît devant le petit écran dès sa prime enfance. Il se souvient ainsi avoir pleuré à la fin du Loup-garou : « and I cried at the end…I cried because they killed the good guy ! ». A l’adolescence, exécrant déjà le cinéma des studios, Frank habite New-York et passe sa vie dans les salles d’exploitation de la 42ème rue, y découvrant les nudies et les pornos, les œuvres gore pionnières de son mentor Hershell Gordon Lewis (10 000 maniacs, Bloodfeast…) ou le cinéma d’horreur très underground et fauché d’un Andy Milligan et autres shockers. Plus tard, le thème de l’addiction naîtra de cette passion précoce et dévorante et se retrouvera jusque dans ses activités éditoriales pour la fameuse collection dvd Something weird. Selon le géniteur des Bradley’s ou d’Elmer le remue-méninges, « Exploitation films have an attitude more than anything ». Pas de budget donc, mais une liberté de ton et une vraie intégrité jusque dans les tréfonds du cinéma d’Exploitation. Sauf que pour Henenlotter,  « a film has to be about something ». Autrement dit, dans le sillage de ses films de prédilection, ses œuvres outrancières se construiront sur le fond, labourant un ensemble de thèmes qui reviendront constamment, ce qui en fait bien un Auteur majeur de son époque. C’est dans le Splatter, cette forme de cinéma gore généreuse et excessive qui trouve son zénith dans les années 80, le film de monstres ou la comédie horrifique qu’il va développer un style unique qui lui vaut d’être aujourd’hui considéré comme un maître chez tous les fans de cinéma de genre ou de films décalés des eighties.

Ses œuvres réalisées en toute indépendance accueilleront avec un regard bienveillant et une bonne dose d’ironie les monstres humains : frères siamois de Basket case (1982) ou bien plus tard couple aux organes génitaux prédateurs de Sex addict (2006). Mais aussi les aberrations physiologiques comme Elmer, être phallique d’âge vénérable et grand amateur de cerveaux humains qui transforment tous ceux qu’il séduit en junkies extrêmes ( Brain damage, 1988 ). Son sens de l’observation sociologique le conduit à intégrer la faune de la Big apple comme à en métaphoriser les folies. Ayant le plus grand mal à trouver les fonds pour tourner ses folies, Frank Henenlotter est repêché au début des années 90 par James Glickenhaus ( The exterminator ), pape de la série B new-yorkaise à budget très réduit pour qui il tourne Frankenhooker ( 1990 ) et deux suites à son chef d’œuvre initial. Si Frankenhooker est une belle variation sur le mythe qui lui permet de régler ses comptes avec les accusations de sexisme, la suite des aventures des Bradley achoppe sur le manque de moyens et les tournages trop serrés. Il parvient néanmoins à y développer son idéal d’une freak family unie envers et contre tous grâce à sa collaboration avec le spécialiste des prothèses et effets spéciaux Gabe Bartalos.

Aujourd’hui, Frank Henenlotter, lassé de se battre pour accoucher ses délires sur les écrans et après quelques documentaires consacrés aux maîtres du genre, s’attaque à des films plus mainstream tournant autour du statut de l’Art contemporain dans la société. Mais malgré tous les honneurs qui lui sont rendus de par le monde, il n’a jamais oublié ses origines, ne s’est jamais renié et continue de nourrir sa passion pour un cinéma hors normes.
 

 

Infos pratiques : 

Durée :

1h30
 

TARIFS :

3€/Gratuit pour les adhérents
Organisation(s) : 
Crédits photos Fond : Festival International du Film de Vébron